Alors que le calendrier de la fashion week prêt-à-porter de Paris est plus dense chaque saison, rempli par des marques ambitieuses venues de partout dans le monde, en comparaison, celui de la haute couture paraît plus faible : 28 défilés sont programmés pour ce printemps-été 2026 qui se déroule du 26 au 29 janvier, soit autant que la saison passée. Parmi eux, seulement trois maisons historiques françaises (Schiaparelli, Dior, Chanel) et peu de noms qui suscitent l’excitation.

Beaucoup de couturiers restent invariablement fidèles aux robes de princesse, et ceux essayant de s’en éloigner peinent à se départir d’une grandiloquence qui semble inhérente à l’exercice. Deux événements ont revêtu la journée du 27 janvier d’un intérêt particulier : le premier défilé haute couture de Matthieu Blazy chez Chanel et le premier défilé Armani Privé sans Giorgio Armani, décédé le 4 septembre 2025.

Avant de s’attaquer à la couture, Matthieu Blazy, arrivé chez Chanel au printemps 2025, a déjà témoigné, avec deux collections (prêt-à-porter et métiers d’art), de sa capacité à réformer la maison de la rue Cambon. En remettant la simplicité et l’élégance au centre du propos, il renoue avec les préceptes de Gabrielle Chanel, mais opère une rupture esthétique nette avec les années Karl Lagerfeld – prolongées après sa mort, en 2019, par Virginie Viard, puis par le studio. Cette collection haute couture confirme cette tendance.

Le Franco-Belge de 41 ans est parti d’un haïku anonyme : « Oiseau, champignon/ La beauté surgit/ Puis disparaît. » « Je me demandais si j’avais là assez d’informations pour construire une collection, explique-t-il. Avec mon équipe et l’atelier, on a commencé à étudier les oiseaux. Plus on avançait, plus j’y voyais une métaphore de la femme : ils sont tous singuliers, voyagent, ont des perspectives différentes. » Si la parabole volatile n’est pas très originale, le champignon l’est déjà plus. Et surtout, Matthieu Blazy se sert de la combinaison des deux pour insuffler au décor et aux vêtements la part de merveilleux qui caractérise son travail.

Le designer a conservé un enthousiasme propre à l’enfance et la capacité à le partager. Après avoir reconstitué un système solaire au défilé d’octobre 2025, puis une station de métro enchantée deux mois plus tard, il imagine cette fois, dans un Grand Palais tapissé d’une moquette rose tendre, un paysage de champignons géants, rouges à pois blancs, fuchsia ou dragée.

Les mannequins circulent au milieu dans des tenues légères et parfois trompeuses, comme ce tailleur noir et blanc qu’on pourrait prendre pour du tweed, mais qui est en réalité composé d’un entrelacs de plumes brodées sur de la gaze. On croise aussi une robe noire en crêpe de laine au tombé parfait, qu’il s’agisse de l’échancrure du dos, de l’arrondi du décolleté, ou de la longueur de la fente arrière. Dans un genre plus spectaculaire, la tenue de mariée associe une chemise d’homme et une jupe, toutes deux en fines pastilles de nacre prélevées sur des coquillages par des artisans japonais, comme une carapace souple et iridescente.

Beaucoup de looks sont taillés dans une mousseline de soie rendue un peu plus opaque grâce à la superposition des voiles ou la présence de broderies fongiques. « Gabrielle Chanel a été la première à utiliser de la mousseline comme une matière noble », rappelle Matthieu Blazy, qui, pour porter un certain nombre de ces tenues partiellement transparentes, a fait appel à des mannequins plus âgées, certaines quinquagénaires.

« Plutôt que de les cacher, exposons ces femmes plus matures, qui ont vécu. Et puis ça peut aider les clientes à se projeter », remarque le designer, dont la volte-face stylistique avec le passé proche de Chanel doit avoir dérouté les clientes habituées aux logos et aux tailleurs en tweed sans trompe-l’œil. Cela suffira-t-il à les convaincre de troquer leurs escarpins au talon en perle marqué d’un double C par la nouvelle version avec un talon en forme de champignon ? Pas sûr. Mais cela suffit à faire briller Chanel d’une nouvelle aura, celle d’une maison dont la créativité fait rêver.

Les clientes d’Armani Privé, la ligne couture de la maison italienne désormais sans son fondateur impérieux, ne sont, elles, pas décontenancées. Sa nièce, Silvana Armani, seule aux commandes, perpétue son glamour compassé, quelquefois teinté d’orientalisme et toujours nimbé de musique symphonique façon conte de fées. Dans les salons dorés du « palazzo Armani », rue François-Ier, en plein « triangle d’or », la septuagénaire présente une collection brodée et passementée, dans un nuancier de teintes vertes et cuivrées.

Son point de départ ? Le jade, « une pierre réputée porter bonne chance et que [s]on oncle aimait beaucoup », assure-t-elle, évoquée notamment dans Eau de Jade, parfum citronné composé en 2004 par le nez Antoine Maisondieu pour la griffe. Aussi bien verte, blanche que rose, la gemme permet une versatilité que la collection exploite en d’infinies variations : émeraude, saumon, thé vert, opaline, etc. Si certaines harmonies manquent de modernité, l’exercice permet à l’institution de démontrer ses savoir-faire.

Des sequins forment des broderies en forme de lampions ou d’éventails japonais uchiwa ; des pampilles vert d’eau bordent un fourreau scintillant ; des perles enrichissent l’organza sur des chemisiers, des bustiers, des pulls décolletés en V. Les silhouettes masculin-féminin demeurent les plus convaincantes, comme ces costumes larges agrémentés d’escarpins acérés ou ces chemises-cravates veloutées. Alors qu’à l’avenir Armani pourrait cesser d’être indépendant, le défi pour Silvana Armani sera, sans se départir du vocabulaire maison qu’elle connaît par cœur, d’oser un style plus personnel. « Exactement », en convient-elle, « émue et contente » après son premier salut en solo.

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