Quand il n’y en a plus, il y en a encore. La fashion week homme de Paris a beau s’être terminée le 25 janvier, un dernier show masculin vient jouer les prolongations. Celui de Saint Laurent, dont la date est déterminée par le lieu : pour défiler à la Bourse de commerce, qui accueille les collections d’art de François Pinault, le fondateur du groupe Kering auquel appartient la marque, il faut se plier aux contraintes du musée. Celui-ci n’était disponible qu’après le décrochage de l’exposition « Minimal », et donc Saint Laurent a défilé le 27 janvier.

Cette position d’outsider ne déplaît pas au directeur artistique Anthony Vaccarello, qui, pendant plusieurs années, a évité de présenter sa ligne masculine en même temps que la concurrence, n’étant alors pas entièrement satisfait de ce qu’il avait à proposer. Et maintenant que ses collections homme comptent parmi les plus intéressantes de la saison, il n’a rien contre l’idée de se distinguer en les présentant en décalé.

Le point de départ de la collection automne-hiver 2026-2027 est La Chambre de Giovanni, de James Baldwin, paru en 1956. Le roman décrit les relations amoureuses complexes d’un jeune Américain à Paris, qui n’assume pas sa bisexualité. Il fréquente un bar gay interlope où se côtoient beaux garçons et messieurs d’un certain âge, ainsi que la chambre d’un serveur, le fameux Giovanni. La parenthèse que représente cette pièce, où le héros s’habille et se déshabille, passant de la nudité clandestine à son uniforme de la bonne société, a particulièrement intéressé Anthony Vaccarello.

Le designer belge a transposé le roman dans une collection sombre, infusée du chic des années 1950 et composée de costumes noirs, anthracite, chocolat ou marine, en crêpe de laine ou en flanelle. Les épaules un peu tombantes et les pantalons légèrement affûtés donnent une allure plus sensuelle que de coutume, d’autant plus que les vestes et les manteaux sont souvent portés à même la peau.

Anthony Vaccarello se montre moins radical cette saison, mais ajoute tout de même quelques éléments pour complexifier les silhouettes – un pyjama en popeline bleu layette sous un grand manteau en cuir glacé, des chaussettes hautes en vinyle, un trench en PVC rigide, des hauts et bas habilement dépareillés. Il veille aussi à ce que la mise en scène insuffle une tension dramatique, avec cette procession d’hommes solitaires arpentant l’espace circulaire de la Bourse de commerce, sous la coupole, qui culmine à près de 40 mètres.

« J’ai imaginé que le livre de Baldwin était un film, et que j’en réalisais les costumes », explique le designer, dont les rêves deviendront peut-être réalité. Saint Laurent s’est lancé dans la production de film en 2023, et les droits d’adaptation du roman, qui n’a pour l’instant jamais été porté à l’écran, viennent d’être achetés. « Par quelqu’un présent au défilé », a précisé Anthony Vaccarello, sans révéler son nom. Le Belge, qui fête ce printemps ses dix ans à la tête de Saint Laurent, et qui a convié, après le défilé, ses invités dans son studio de la rue de l’Université à dîner de frites et de gaufres, semble aujourd’hui pleinement épanoui.

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