« L’armée érythréenne nous a suivis jusqu’à Shiré et a commencé à démolir des maisons, à massacrer nos jeunes à Aksoum. » Plus de trois ans après la fin de la guerre du Tigré, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a évoqué pour la première fois l’implication des troupes érythréennes, alors alliées à celles de son pays, dans les exactions commises dans plusieurs villes de cette région du nord de l’Ethiopie.
Lors d’une séance de questions-réponses au Parlement, mardi 3 février, le dirigeant a également affirmé que les soldats érythréens avaient « pillé des usines à Adwa » et « détruit » des « installations » de l’armée éthiopienne. En réaction à ces déclarations, le ministre érythréen de l’information, Yemane Gebremeskel, a dénoncé, auprès de l’Agence France-Presse, des « mensonges éhontés et méprisables » et des accusations trop « mesquines (…) pour tromper qui que ce soit ».
Ces déclarations sont une conséquence de l’escalade des tensions entre les deux anciens alliés de la guerre du Tigré, à couteaux tirés depuis la signature, en novembre 2022, de l’accord de Pretoria mettant fin aux hostilités entre l’Ethiopie et sa province septentrionale. Dès le début du conflit, en novembre 2020, les troupes érythréennes ont combattu aux côtés des forces de défense nationale éthiopiennes, alliées aux forces de la région éthiopienne Amhara. Cette alliance n’avait rien d’évident, après des années de tensions entre les deux pays consécutives au conflit armé de 1998-2000. Dès 2018, les deux Etats avaient signé une déclaration de paix et d’amitié, qui avait d’ailleurs valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix en 2019.