Spécialiste de la Libye, Virginie Collombier est professeure de science politique à l’université Luiss Guido Carli de Rome. Coéditrice, avec le politologue Wolfram Lacher, de l’ouvrage Violence et transformation sociale en Libye (Hurst and Company, 2023, non traduit), elle est aussi fondatrice de la Mediterranean Platform, une initiative de recherche et de dialogue sur les dynamiques géopolitiques dans la région méditerranéenne.
L’universitaire considère, dans un entretien au Monde, que l’assassinat de Saïf Al-Islam Kadhafi, fils du dictateur Mouammar Kadhafi (1942-2011), mardi 3 février à Zinten, dans l’ouest de la Libye, réactive les fractures de la révolution de 2011 et porte un « mauvais coup » à la cohésion nationale.
Il supprime une rivalité potentielle pour les deux camps qui aujourd’hui se partagent la Libye : celui de Khalifa Haftar, dans l’Est et le Sud, et le camp d’Abdel Hamid Dbeibah, dans l’Ouest. La candidature de Saïf Al-Islam Kadhafi au scrutin présidentiel de 2021 avait contribué au blocage du processus électoral – même si elle n’en était pas la seule raison –, parce qu’il restait une personnalité clivante et redoutée dans la classe politique libyenne. Dans la perspective d’une future élection présidentielle, cet obstacle-là saute.