Pendant trois semaines, le père de Mohammad-Amin Biglari, 19 ans, a cherché le corps de son fils à la morgue de Kahrizak, dans le sud de Téhéran, parmi des milliers d’autres corps, ainsi que dans les hôpitaux de la capitale iranienne. En vain. Le jeune homme, employé dans un salon de coiffure de la ville, avait disparu le soir du 8 janvier, date à laquelle la nouvelle vague de contestation a pris de l’ampleur en Iran. Ce sont d’anciens détenus récemment libérés de la prison de Ghezel Hesar (située à 40 kilomètres à l’ouest de Téhéran) qui ont finalement informé la famille que le jeune homme y était incarcéré.
Le 8 février, sa condamnation à mort a été annoncée – en même temps que celle de six autres jeunes Iraniens poursuivis dans le même dossier – par le juge Abdolqassem Salavati, magistrat connu pour sa sévérité à l’égard des prisonniers politiques. L’ONG Amnesty International a, de son côté, alerté sur le risque d’exécution d’au moins 30 manifestants en Iran, dont plusieurs mineurs.
« C’est inédit, autant de condamnations à mort. Les autorités sont en train de se déchaîner. Le but est de terroriser », confie un connaisseur de la justice iranienne. « Tant que la menace d’une attaque américaine plane, la machine des exécutions ne va pas totalement être enclenchée. Si le régime se stabilise et que cette pression disparaît, beaucoup [de prisonniers] seront pendus », estime-t-il. Le président américain, Donald Trump, a déployé des moyens militaires inédits dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003 et menace l’Iran d’une intervention si les négociations en cours entre les deux pays venaient à échouer.