Son nom est bien connu, et même proverbial : « Faire un travail de Sisyphe » ou, plus classiquement, « rouler son rocher », c’est accomplir une tâche difficile, pénible, voire absurde. Peu de personnes pourraient cependant raconter le mythe dans lequel les dieux ont condamné Sisyphe à pousser éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, d’où la pierre retombe sans cesse. « De l’Antiquité à nos jours, cette image de l’éternel châtié est restée la même », observe Pierre Brunel, auteur d’un essai consacré aux sources du mythe, Sisyphe, figures et mythes, avec Aeneas Bastian (Editions du Rocher, 2004).
La plus ancienne évocation connue se trouve dans L’Odyssée d’Homère (VIIIe siècle avant notre ère), et fut popularisée par Albert Camus avec la publication du Mythe de Sisyphe (1942). « Entre les deux, poursuit Pierre Brunel, le châtiment n’a pas changé, mais différentes interprétations ont foisonné. »
Les raisons pour lesquelles Sisyphe est condamné diffèrent selon les auteurs, d’autant qu’Homère n’en dit rien, contrairement ce qu’ont avancé divers mythologues, ainsi que Camus lui-même. Si le poète écrit seulement que Sisyphe était « le plus habile des hommes », une tradition ultérieure en brosse un portrait moins flatteur : Aristote juge, dans La Poétique, qu’il était « habile, mais méchant », Horace l’appelle « Sisyphe le fourbe » dans Satires et Ovide écrit, dans Métamorphoses, qu’il était « perfide et lâche ».