En Drôme provençale, dans le joli village de Marsanne, à flanc de collines, Jeanne Jouvet a ouvert en mai Pantoufle, un hôtel qui compte 17 chambres et une piscine dans un jardin fleuri, pour buller entre deux excursions dans la campagne. Reprenant l’Hôtel de France, installé dans un bâtiment édifié en 1905, elle a confié l’aménagement du lieu au couple d’architectes Laëtitia et Luc Boulant – précédemment chargé de la décoration d’autres hôtels, à Bormes-les-Mimosas ou à Valence –, qui a privilégié les matières brutes (bois, grès, fibres naturelles) et les objets chinés.
Faisant écho au nom de l’établissement, les chambres sont classées par pointures. Ainsi, les 39,5 offrent davantage de place que les 37, et la 44 est une suite au dernier étage avec terrasse privative. « J’ai eu du mal à trouver ma voie », confie la jeune hôtelière de 28 ans. Pendant ses études de droit, d’architecture puis de design d’espace, elle apprécie ses jobs d’été dans des bars, « pour l’ambiance et le contact ».
La révélation vient lors d’un CDD de six mois dans un hôtel parisien de Pascal Donat, entrepreneur drômois?: « J’aime travailler dans ces beaux endroits fréquentés par des gens très différents, de toutes nationalités. » Elle rejoint ensuite l’Institut Paul Bocuse de Lyon, où elle se spécialise dans l’hôtellerie lifestyle. Dans la foulée, elle monte son projet, soutenue financièrement par sa famille qui lui a transmis la fibre entrepreneuriale (son père a fondé Skipper, un groupe de logistique).
« Je voulais créer un hôtel dans un village de ma région d’origine. La Drôme est une terre d’épicuriens, avec de beaux paysages, des rivières, du bon vin et de bons fromages… Quand j’ai poussé la porte de cette grande maison, j’ai eu le coup de foudre ! » Il y a là le potentiel pour créer de nouvelles chambres et, surtout, un café-restaurant qui contribue à la vie de Marsanne. « Je voulais que les habitants continuent à venir s’attabler en terrasse », précise Jeanne Jouvet.
Après quelques mois de travaux, la voilà à la tête d’une équipe de 12 personnes et d’une activité qui la mobilise sept jours sur sept, en journée comme le soir. « La transition de la vie d’étudiante à celle de cheffe d’entreprise est radicale », reconnaît la jeune hôtelière.
A moyen terme, elle aimerait bien dupliquer le concept de Pantoufle, « un lieu où toutes les chambres sont différentes, où on peut souffler et même descendre au restaurant en peignoir et pantoufles si on veut ». D’ailleurs, avec leurs grosses semelles, celles de l’établissement sont très confortables. « Mais d’abord, je veux m’assurer de la viabilité de mon modèle économique. » Pour l’instant, le succès est là. L’hôtel est complet tous les week-ends depuis l’ouverture, et bénéficie d’une belle fréquentation en semaine, notamment grâce aux séminaires.