L’Allemagne et Goethe veilleront sur une rentrée théâtrale française aux inspirations faustiennes. Une perspective qui augure du meilleur sur le plan artistique, mais qui est symptomatique de l’inquiétude d’artistes et de programmateurs à juste titre préoccupés par l’état du monde. A juste titre mobilisés. A juste titre attentifs à la pertinence redoublée de Faust, pièce de théâtre datant pourtant du XIXe siècle.
Sous la plume inspirée du dramaturge qui mêle prospective, imaginaire, philosophie, métaphysique, épique et intime, le docteur Faust vend son âme au diable pour obtenir, en échange, un regain de jeunesse, d’envie, de pouvoir et de vitalité. Il est l’être du désir insatiable. L’homme à qui le réel ne suffit pas et qui est prêt à tout, jusqu’au sacrifice de l’aimée, Marguerite, pour intensifier les contours de sa vie.
Publiées en deux parties (Faust I en 1808, puis Faust II en 1832), les pièces relevaient à l’époque d’une science-fiction fantasmatique. Deux siècles plus tard, elles ont quitté la dystopie pour s’atteler au présent immédiat de sociétés dans lesquelles prospèrent des démiurges autoproclamés. Autant de mégalomanes faustiens qui dissimulent l’amoralité de leurs ambitions sous de fallacieux alibis progressistes. Le diable ne s’appelle plus Méphisto. Il se nomme désormais cupidité, arrivisme, colonialisme ou folie des grandeurs. Il signe à tour de bras ses contrats avec des disciples qui rêvent d’hommes nouveaux, de terres asservies, d’intelligence artificielle ou de conquêtes intergalactiques.