Soleil d’hiver sur le miroir du lac Léman. Rasante et crue, la lumière arase ici et là les ruelles pavées interdites au trafic et les bâtisses cossues du bourg médiéval au milieu duquel le temple protestant se dresse comme une bouée de sauvetage. Depuis samedi soir 3 janvier, quand près de 1 500 personnes (Lutry compte 10 800 habitants) se sont spontanément retrouvées sur le parvis de l’église romane pour une veillée, alors qu’émergeaient les premiers détails de la catastrophe de Crans-Montana, le flux des visiteurs ne se tarit pas. Ils viennent déposer, seuls ou en petits groupes silencieux, un message de deuil et d’empathie sur le mur de l’abside, presque entièrement recouvert.
Après une attente insoutenable alors que l’information se répandait aux premières heures de la nouvelle année, il est très vite apparu que des victimes, considérées à ce moment-là comme « disparues », venaient de la commune et de ses alentours et que plusieurs d’entre elles ne reviendraient jamais de leur fête à la montagne.