Des Iraniens ont manifesté samedi 10 janvier à Téhéran et à travers le pays, scandant des slogans hostiles au pouvoir, malgré la répression en cours dans le pays coupé du monde par un blocage d’Internet. « L’Iran aspire à la liberté, comme peut-être jamais auparavant. Les Etats-Unis se tiennent prêts à aider ! », a écrit Donald Trump sur sa plateforme, Truth Social, renouvelant ses menaces contre le régime iranien, une semaine après l’opération militaire américaine.
Téhéran a promis de réagir avec fermeté aux manifestations antigouvernementales qui touchent une grande partie du pays. Les gardiens de la révolution, armée idéologique du pouvoir, ont qualifié les manifestants de terroristes et ont déclaré que « préserver les acquis de la révolution islamique et maintenir la sécurité et la survie du régime constituent une ligne rouge ».
Depuis le début de cette contestation, le 28 décembre, partie d’un mouvement lié au coût de la vie, au moins 116 manifestants ont été tués et 2 600 arrêtés, selon l’organisation basée aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency, jugée fiable par l’agence Associated Press. L’organisation a recensé plus de 570 manifestations à travers le pays.
Un black-out quasi total imposé par Téhéran complique la vérification des informations. Les Iraniens sont en effet privés d’Internet depuis quarante-huit heures à la suite d’une décision des autorités, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks. Ce blocage vise « à dissimuler les violences infligées lors de la répression », ont mis en garde les cinéastes iraniens dissidents, Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof. La lauréate du prix Nobel de la paix 2003, l’avocate iranienne en exil Shirin Ebadi, a dit redouter un « massacre sous le couvert d’un black-out total ».
Malgré la répression, les manifestations se poursuivent samedi soir dans plusieurs villes. Un blogueur iranien, Vahid Online, diffuse samedi soir sur son compte Telegram des vidéos de manifestations dans plusieurs villes du pays, notamment à Téhéran.
Dans la capitale iranienne, des feux d’artifice ont été tirés au-dessus de la place Punak tandis que des manifestants tapaient sur des casseroles et scandaient des slogans en soutien à la dynastie Pahlavi, chassée par la Révolution islamique en 1979.
Ces manifestations interviennent alors que Reza Pahlavi, fils du chah déchu en 1979 et figure de l’opposition en exil, a exhorté samedi les manifestants à « se préparer à conquérir » les centres-villes. Dans un message publié sur le réseau social X, il « appelle les travailleurs et les employés des secteurs-clés de l’économie, notamment des transports, du pétrole, du gaz et de l’énergie, à entamer un processus de grève nationale ».
Avant de leur demander à « tous de descendre dans la rue aujourd’hui et demain, samedi et dimanche [10 et 11 janvier] munis de drapeaux, d’images et de symboles nationaux, afin d’occuper l’espace public ». « Notre objectif n’est plus seulement de manifester dans la rue ; il s’agit de nous préparer à conquérir et à défendre les centres-villes », a-t-il ajouté.
Déjà dans la nuit de vendredi à samedi, dans le quartier de Saadatabad à Téhéran, des habitants ont scandé selon Reuters des slogans antigouvernementaux, notamment « Mort à [Ali] Khamenei », le Guide suprême iranien. Des chaînes de télévision en persan basées à l’étranger ont aussi diffusé des vidéos de nombreux protestataires à Machhad, dans l’Est, à Tabriz, dans le Nord, et dans la ville sainte de Qom.
Selon l’AFP, une autre vidéo diffusée sur Telegram montre un homme brandissant un drapeau iranien de l’époque du chah au milieu de feux et d’une foule dansant à Hamadan, alors que des slogans appellent au retour de la dynastie chassée par la révolution islamique en 1979.
La situation sanitaire dans les grandes villes iraniennes est devenue critique face à l’ampleur de la répression. Le Dr Hamid Hematpour, médecin et militant des droits de l’homme installé à Vienne, a rapporté samedi à la BBC Persian une série de témoignages de confrères exerçant à l’intérieur du pays. Selon ces sources, les journées des 8 et 9 janvier ont été marquées par des « conditions extrêmement critiques » dans les centres hospitaliers. Les médecins locaux décrivent un afflux de blessés souffrant de traumatismes causés par des balles, visant spécifiquement des zones vitales ou invalidantes, telles que la tête, le cou et les yeux.
Vendredi soir, déjà, Donald Trump avait menacé Téhéran, déclarant : « Vous feriez mieux de ne pas commencer ?à tirer sinon nous ?aussi nous commencerons à tirer. » « J’espère seulement que les manifestants ?en Iran seront en sécurité, car c’est un endroit très ?dangereux en ce moment », a-t-il ?ajouté. Les Etats-Unis ont frappé des installations nucléaires en Iran en juin 2025, se joignant ainsi à ?Israël dans une brève guerre contre Téhéran.
L’administration américaine a entamé des réflexions préliminaires sur d’éventuelles frappes militaires contre l’Iran, afin de donner corps aux récentes menaces du président Donald Trump, rapporte le Wall Street Journal. Selon des responsables américains cités par le quotidien, plusieurs scénarios sont sur la table, notamment celui d’une frappe visant des installations militaires. Toutefois, les sources du journal soulignent qu’aucun consensus n’a été atteint au sein de l’exécutif sur la stratégie à adopter.
Le sénateur républicain américain Lindsey Graham a adressé un message de soutien aux manifestants iraniens, affirmant que « le long cauchemar » du peuple iranien « touche bientôt à sa fin ». Dans ce message publié sur X, l’élu assure que le combat des Iraniens a été « remarqué par le président des Etats-Unis ». « Lorsque le président Trump dit “Make Iran Great Again”, cela signifie que les manifestants en Iran doivent l’emporter sur les ayatollahs », déclare-t-il.
De nombreuses capitales occidentales ont condamné l’usage de la force contre des manifestations « pacifiques ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé le plein soutien de l’Union aux « femmes et hommes iraniens qui réclament la liberté », dénonçant la « répression violente ».