Avant d’atteindre sa ville natale d’Al-Geneina, dans l’ouest du Soudan, au début de janvier, Wafa Mohammed a dû subir les humiliations habituelles aux checkpoints tenus par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), héritiers des milices arabes janjawids, qui terrorisaient déjà le Darfour dans les années 2000. « Ils te répètent que tu es Noire, que tu es bête comme un âne, que tu n’es qu’une abid [“esclave”, en arabe]. Il faut rester silencieux et baisser la tête, sinon ils te frappent », dit cette Soudanaise de 38 ans, d’ethnie Masalit. Elle a fui les combats en juin 2023, deux mois après le début de la guerre, pour se réfugier au Tchad voisin, mais continue de se rendre régulièrement dans la province soudanaise, à laquelle la presse internationale n’a pas accès.
Un peu plus loin, en entrant dans les faubourgs de la ville du Darfour occidental, les visiteurs croisent un panneau sans équivoque : « Al-Geneina Dar Arab » (« Al-Geneina est une terre arabe »). L’avertissement s’adresse aux populations non arabes, en particulier les Masalit, principales cibles de la campagne de nettoyage ethnique perpétrée ici par les FSR en 2023, qui a coûté la vie à environ 15 000 personnes, selon un rapport de l’Organisation des Nations unies.