« Son étreinte est plus vive et fébrile que d’habitude. Il ne parle pas. Je m’en inquiète »

Je ne sais pas très bien pour quelle raison, sous l’effet de quelle pulsion de contrôle paternel ou de quel sens du service indiscutable, mon père a tenu à me déposer au M., le bar où se tient la veillée de la semaine. Au volant de son marchroutka bleu, il est passé me prendre au cybercafé. Aujourd’hui, c’est moi qui fais la fermeture.

Il ouvre la portière, sans se retourner, de ce geste bien à lui, son bras qui se déboîte presque de l’épaule et fait levier pour me laisser m’asseoir sur une des banquettes que j’ai vues vieillir au fil des années sous les fesses des Tbilissiens ; vieux, jeunes, travailleurs, soldats, toutes les ombres de la ville, moi la fille d’un conducteur de taxi collectif, toujours calée entre deux silhouettes épaisses d’inconnus.

Le minibus est plein comme un œuf. Des enfants et des sacs en plastique sur tous les genoux. Je me glisse je ne sais comment entre deux femmes volubiles à l’extrême, dont l’une, sur ma gauche, dégage une forte odeur d’oignon rouge. J’ai à peine le temps d’apprendre de sa bouche parfumée qu’une nouvelle coupure d’électricité est prévue ce soir que la lumière disparaît de la ville. Je devrais être habituée depuis le temps, c’est devenu un des battements du cœur de Tbilissi, mais, quand ça tombe et plonge la ville dans l’obscurité, la peur continue de me prendre.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario