« Mes enfants dorment à côté de moi la nuit. Ils ont peur que le plafond s’effondre sur nous, décrit Suzanne Hussein, 40 ans, debout en robe de chambre dans la cage d’escalier décatie de son immeuble, dans une banlieue pauvre de Tripoli, la grande ville du nord du Liban. Le minimum dans la vie, c’est de se sentir en sécurité chez soi, non ? » Pour Suzanne Hussein et les siens, cette assurance a disparu. Début janvier a commencé une série noire : au moins deux immeubles se sont alors effondrés dans la ville. Dans la nuit du 23 au 24 janvier, un autre édifice, sous ordre d’évacuation, est tombé, faisant deux morts. Puis, dimanche 8 février, le bâtiment faisant face à celui de la famille Hussein s’est écroulé. Treize habitants sont morts. Huit ont survécu.
Ce jour-là, Suzanne Hussein, dont le logement se situe sur une rue séparant les quartiers densément peuplés de Bab Al-Tabbeneh et Jabal Mohsen, a entendu un bruit « atroce, comme une explosion ». Dans le voisinage, se mêlent aujourd’hui la tristesse, la colère et la peur. « On vit dans une menace permanente. Mais où aller ? », demande cette mère de quatre enfants. Son mari est ouvrier journalier. Ils paient un loyer bloqué, à un prix dérisoire. « Espérons que cette catastrophe s’arrête. Mais les immeubles sont vieux, sans entretien, les habitants sont pauvres, les responsables politiques ne se sont jamais intéressés à ces quartiers », dit Abdelkader Beiruti, qui tient une rôtisserie.