Le technosolutionnisme est-il seulement l’apanage des magnats de la tech américaine, Elon Musk et Bill Gates en tête ? Une partie du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont les rapports alarmants sur la crise climatique font autorité, aurait également un « biais technophile », donnant la priorité aux solutions technologiques et à l’innovation, au détriment d’autres options, comme la sobriété. C’est la thèse avancée par l’historien des sciences et techniques Jean-Baptiste Fressoz, par ailleurs chroniqueur pour Le Monde, dans le numéro de septembre de la revue Energy Research & Social Science.
Le directeur de recherche au CNRS se concentre sur les productions et sur l’organisation du groupe III du GIEC, chargé d’évaluer les solutions face au réchauffement. L’auteur parvient à une conclusion-choc : la neutralité carbone en 2050 ou en 2070, telle qu’envisagée grâce aux solutions technologiques afin de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C ou 2 °C à la fin du siècle, est « inatteignable ».
A ses yeux, les scientifiques doivent le reconnaître, car, en maintenant cette « illusion », ils confèrent de la visibilité et une légitimité à des technologies « spéculatives », « réduisent l’éventail des options politiques viables » et « retardent » les transformations structurelles nécessaires pour faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre.