La médecine nucléaire s’affirme comme un nouvel acteur du traitement de certains cancers – tels que celui de la prostate à un stade avancé après chimiothérapie, les tumeurs endocrines ou certains méningiomes – avec le développement de la radiothérapie interne vectorisée. Jusque très récemment, l’activité thérapeutique de la médecine nucléaire concernait surtout le traitement des pathologies bénignes et malignes de la thyroïde. Cette stratégie thérapeutique innovante repose sur l’utilisation d’un médicament radiopharmaceutique qui va cibler les cellules cancéreuses, préalablement identifiées par imagerie médicale, et les détruire.
Depuis 2022, la radiothérapie interne vectorisée a bondi de 66 % en France, selon des données de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. Pourtant, seulement 54 centres sont actuellement en mesure de traiter les patients éligibles, couvrant environ 40 % des besoins identifiés par les professionnels de santé, d’après la Société Française de médecine nucléaire. A horizon 2035, jusqu’à 50 000 patients par an atteints de différents cancers à haute prévalence pourraient bénéficier de cette médecine de précision si les essais cliniques en cours confirment leur efficacité. De nombreuses études de recherche clinique sont en cours pour le cancer du sein, du rein et du poumon. Les résultats préliminaires partagés au congrès européen de l’oncologie médicale (ESMO) illustrent cette tendance de fond. Ne pas anticiper ce changement structurel, c’est refuser à des milliers de patients de bénéficier d’une thérapie prometteuse, reconnue comme innovante par la Haute Autorité de santé.
Cinq défis majeurs empêchent aujourd’hui la France de se doter d’une médecine nucléaire thérapeutique à la hauteur de son potentiel. Le premier est humain : les métiers de médecin nucléaire, de physicien médical ou de manipulateur d’électroradiologie et, dans une moindre mesure, de radiopharmacien connaissent de fortes tensions. De trop nombreux postes restent vacants dans les établissements. Le deuxième est territorial : la répartition hétérogène des centres sur le territoire national freine l’accès pour de nombreux patients. Le troisième est organisationnel : un nouveau parcours de soins, avec une coordination renforcée des professionnels de santé impliqués et intégrant les nouvelles activités de ces professions, telles que la pharmacie clinique, doit être construit.