En écrasant son peuple, le régime iranien travaille à sa propre chute

Une nouvelle fois, les Iraniennes et les Iraniens descendent dans la rue. Une nouvelle fois pour se heurter à une répression impitoyable, qui a déjà causé la mort d’une cinquantaine de personnes et qui a été accentuée depuis vendredi 9 janvier par la coupure d’Internet. Un peu plus de deux ans après l’écrasement dans le sang du mouvement Femme, vie, liberté, déclenché par la mort d’une jeune femme, Mahsa Amini, aux mains de la police des mœurs pour un voile jugé mal porté, c’est cette fois-ci le marasme économique qui a ravivé les braises.

En 2018, la hausse des prix de denrées alimentaires avait déjà provoqué des émeutes. Puis, l’augmentation du prix de l’essence avait produit le même résultat un an plus tard. Dans les derniers jours de 2025, la colère est partie du Bazar de Téhéran. Elle a été nourrie par l’effondrement de la monnaie nationale, qui accentue l’inflation et la peur d’un déclassement sans fin.

Cette succession peut donner une impression d’impuissance. Chaque soulèvement et chaque répression meurtrière, pourtant, accroissent l’illégitimité d’un régime jugé toujours plus hostile à son peuple, indifférent à ses souffrances et accroché à des privilèges de plus en plus insupportables.

Qu’elle soit sociétale ou sociale, l’étincelle débouche invariablement, et de plus en plus rapidement, sur son rejet et celui de ses priorités stratégiques : la poursuite, synonyme de sanctions internationales dévastatrices, d’un programme nucléaire pilonné en juin 2025 par Israël et les Etats-Unis, et le soutien coûteux à un « axe de la résistance », de plus en plus fantomatique au Proche et au Moyen-Orient. Dictature et effondrement économique à l’intérieur, déroutes à l’extérieur : difficile d’imaginer pire bilan.

Aucun mécanisme institutionnel ne peut plus absorber une telle fracture. Depuis au moins le trucage des résultats de la présidentielle de 2009, suivi d’un puissant mouvement de protestation déjà jugulé par la force, les Iraniennes et les Iraniens n’attendent plus rien d’élections considérées comme des simulacres.

La République islamique tourne à vide, et les flambées de contestation se transforment invariablement en dénonciation radicale de celui qui la personnifie, le Guide suprême, Ali Khamenei, au pouvoir depuis bientôt trente-sept ans, arc-bouté sur la garde prétorienne du régime, le corps des gardiens de la révolution.

Comme à chaque fois, ce Guide répond à la vague par le déni et la menace. Le 9 janvier, signe qu’il ne connaît plus son peuple, il a une nouvelle fois stigmatisé des « mercenaires » au service d’intérêts étrangers. Mais incriminer mécaniquement les Etats-Unis, même si Donald Trump lui rend service en menaçant d’intervenir, ne trompe plus personne depuis longtemps.

Certes, la mobilisation en cours pâtit des mêmes faiblesses que les précédentes : l’absence d’organisation et de figures pour l’incarner. Ce vide, entretenu par un Etat policier qui ne se fixe guère de limites lorsque son contrôle est remis en cause, explique les invocations à une restauration de la monarchie à laquelle la révolution islamique de 1979 avait mis un terme et dont les nombreuses dérives ont été effacées par le temps. Tout porte à croire qu’il est incapable d’entendre la rue et d’en tirer les conséquences, pour son fonctionnement comme pour ses objectifs. Mais s’il croit encore pouvoir tenir uniquement par la terreur, il se condamne, tôt ou tard, à l’effondrement.

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