Le pouvoir iranien a perpétré un « massacre » pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, a déclaré, dimanche 11 janvier, l’ONG Iran Human Rights. L’organisation basée en Norvège a confirmé la mort d’au moins 192 manifestants, mais avertit que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé. « Des informations non vérifiées indiquent qu’au moins plusieurs centaines, voire plus de 2 000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées », a-t-elle souligné, dénonçant un « crime (…) majeur contre le peuple iranien ».

D’une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l’un de ses plus grands défis. Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d’Internet, désormais en vigueur depuis plus de soixante-douze heures, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé les autorités à « la plus grande retenue » dans l’usage de la force et à rétablir les communications. Le président américain, Donald Trump, a déclaré, dimanche, que l’armée américaine étudiait des « options très fortes » face à la répression des manifestants. Mais il a aussi assuré que les dirigeants iraniens l’avaient appelé pour « négocier » et qu’une réunion était « en cours de préparation ». En cas de frappes des Etats-Unis, l’Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime américains, a averti, de son côté, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les « martyrs de la résistance », en référence aux membres des forces de sécurité tués. Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des « émeutiers » instrumentalisés, selon elles, par l’étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités « avec fermeté », après que le chef de la police a fait état « d’importantes arrestations ». Selon Iran Human Rights, plus de 2 600 manifestants ont été arrêtés.

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a exhorté la population à participer, lundi, à une « marche de résistance » dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des « criminels terroristes urbains ». La télévision d’Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d’agents des forces de l’ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue. Le Monde n’a pu, à ce stade, vérifier l’authenticité de cette vidéo.

La télévision d’Etat s’est, elle, efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d’une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que « le nombre de manifestations [était] en baisse ».

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, le fils en exil du chah renversé en 1979, a, de son côté, appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique. Dimanche soir, il a désigné comme « cibles légitimes » « les institutions et tous les appareils chargés de la propagande du régime et de la coupure des communications ». Il a également appelé les fonctionnaires du régime, les membres de l’armée et les forces de l’ordre, à « se ranger du côté du peuple », faute de quoi ils porteront « à jamais la honte et la condamnation de la nation ».

Des images publiées sur les réseaux sociaux – probablement par des moyens satellitaires – ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l’est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l’Agence France-Presse (AFP), on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l’homme en Iran, dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient « débordés » par l’afflux de manifestants blessés et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l’AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau. Les écoles sont fermées et l’enseignement est supposé se faire à distance mais sans Internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l’absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes, dimanche, à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu’à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l’ONU.

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